En septembre 2026, un retard inédit des pluies dans la région fragile de Jebel Issa au Nord-Darfour n’a pas apporté de soulagement, mais a provoqué une catastrophe écologique et économique majeure.
Habituellement, la saison des pluies au Sahel commence à la mi-juin ou début juillet et se prolonge jusqu’à fin septembre. Cette période est cruciale pour les cultures de mil et de sorgho et pour l’eau nécessaire au bétail. Cette année, cependant, le ciel est resté sec jusqu’au 12 septembre.
Lorsque les pluies sont enfin arrivées, elles sont survenues brutalement, provoquant un choc thermique chez des troupeaux déjà affaiblis par des mois de chaleur extrême, de famine et de longues marches vers des points d’eau rares et éloignés. En seulement trois jours, plus de 420 têtes de moutons ont péri dans la vallée de Wadi Saleh, perte qui s’étendait ensuite dans les vallées voisines.
Ce désastre a un impact collectif important dans cette société rurale où la possession du bétail est un capital partagé entre familles élargies. La perte de ces troupeaux affecte plusieurs ménages, détruisant de facto leur filet de sécurité financière.
Cette situation illustre une tendance plus large dans tout le Sahel nordique, où les variations climatiques deviennent extrêmes avec des précipitations de plus en plus imprévisibles, alternant entre courtes périodes de pluie erratiques et longues sécheresses intenses. Jebel Issa, dépendant exclusivement de cette eau pluviale pour son agriculture vivrière sans infrastructure d’irrigation, subit de plein fouet ces perturbations.
La production céréalière dans la région chute drastiquement, selon la FAO, tandis que des pluies localisées créent des disparités entre différentes zones proches, certaines recevant quelques averses, d’autres restant désertes.
Jebel Issa constitue le centre économique et hydraulique principal pour plusieurs villages autour, mais les échanges commerciaux traditionnels essentiels pour faire face aux crises sèchent sont paralysés. Trois routes commerciales majeures reliant cette région à d’autres parties du Soudan, ainsi qu’à la Libye et à l’Égypte, ont été fermées en raison du conflit armé entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide.
Cette fermeture conduit à un véritable siège économique, asphyxiant les marchés locaux et provoquant une flambée des prix des denrées de base et du carburant, inaccessibles pour de nombreuses familles rurales déjà en situation de pauvreté.
Par ailleurs, la destruction des infrastructures publiques et des services municipaux, conséquence directe du conflit armé, complique davantage la situation, notamment pour l’approvisionnement en eau potable dans les puits déjà asséchés.
Pour l’Algérie, voisine et acteur régional, cette crise humanitaire et sécuritaire au Sahel représente un enjeu majeur, compte tenu des liens géopolitiques, des flux migratoires et des préoccupations croissantes sur la stabilité frontalière.



